Tlemcen

Étymologie

Tlemcen viendrait (du berbère Talamsan, forme contractée de Tala-imsan qui signifie « source tarie », en arabe : تلمسان). Cette explication qui lie étroitement l'origine du nom de la ville à celle de son passé berbère indiscutable n'est pas la seule. Si Tili- est effectivement proche de Tala qui signifie « source », une tradition orale affirme que l'appellation est arabe; elle serait la contraction de deux mots Tlem et Insan, soit Tlem'san (Tlemcen en orthographie moderne), signifiant lieu de rencontre (de regroupement) des gens. Le nom aurait été donné à la ville en raison justement de sa position centrale le long des voies de circulation des biens et des flux migratoires entre l'est et l'ouest, ainsi que le nord et le sud. Les informations sur l'origine du nom de la cité qui fut un royaume au Maghreb proviennent de la tradition orale, dominante pendant très longtemps. Il est étrange qu'aucun texte n'ait étayé ni l'une ni l'autre des hypothèses, alors que Tlemcen a abrité l'un des plus illustres collèges: la Medersa (il y en eut plusieurs en réalité), levier puissant de l'introduction de la preuve historique écrite.

Situation géographique

La région de Tlemcen, limitrophe au Maroc, occupe la zone occidentale de l'Oranie. Elle correspond au vaste bassin de l'oued Tafna qui, avec son affluent principal de la rive droite, l'oued Isser encadre une vaste plaine de 700 mètres d'altitude inclinée du pied des monts de Tlemcen (1200-1800 m) au Sud, jusqu'au confluent des deux cours d'eau (150 mètres) à 30 km de la mer au Nord. En dehors de ce défilé, se profilent au Nord et au Sud un cadre de montagnes.

L'ordonnance du relief explique la vocation de cette région, zone de passage entre la Maroc et l'Oranie, entre la Médittéranée et le Sahara. Voies d'invasion et d'échanges s'y croisèrent de bonne heure, affirmant l'importance politique, économique et intellectuelle de Tlemcen.

Histoire

Préhistoire

La proche région de Tlemcen a été habitée à l'époque néolithique, ce dont témoigne la découverte en 1875 par G. Bleicher de haches polies dans les grottes de Boudghène. En 1941, M. Estaunié a mis à jour à Bab El Qarmadin, un magnifique polissoir néolithique actuellement conservé au musée de la ville. Nous dénombrons trois gisements préhistoriques importants dans la région: le lac Kara à 1 km au Sud de Remchi; les abris sous roches de la Mouila à 5 km au Nord de Maghnia et le gisement dit "d'Ouzidan" à 2 km Est de Aïn El Hout. Les abris de la Mouila et de Boudghène présentaient les meilleures conditions d'habitat pour l'homme préhistorique qui s'y est fixé durablement, séduit par un emplacement qui verra naître une cité prestigieuse.

Histoire générale

A la fin du IIe siècle , un poste militaire romain est installé sur un piton rocheux qui domine la plaine de Chetouane (anciennement Négrier). "Pomaria", est un nom latin qui signifie "vergers", sans doute en référence à la plaine fertile qu'il domine. C'est l'acte de naissance d'une cité qui va jouer un rôle religieux puisqu'elle va devenir le siège d'un diocèse catholique : l'évêque Victor qui y siège a joué un rôle important au Concile de Carthage de 411. Les seuls vestiges de cette époque romaine sont des pierres tombales enchassées dans la structure du minaret d' Agadir.

De la fin de la domination romaine à la pénétration musulmane, on connait peu de choses de l'histoire de cette région d'Afrique du Nord. C'est ce qu' Emile Félix Gautier appelle les "Siècles obscurs du Moghreb. Période caractérisée par l'anarchie et le morcellement politique et l'apparition de principautés berbères dirigées par des roitelets locaux. De 429 et jusqu'aux Idrissides de 789 à 974 la cité prit le nom berbère d'"Agadir" ce qui signifie rocher, fortin. Elle fut à plusieurs reprises de son histoire, la capitale du Maghreb central et le royaume des Banou Ifren, des Maghraoua et des Zénètes avant l'avènement de l'Islam.

À la fin du VIIIe siècle et durant le IXe siècle,  la ville devient un des fiefs du kharidjisme en Afrique du Nord. En 771, Abou Qurra de la tribu Sufrite des Ifren de Tlemcen parvint à reprendre aux arabes toute l'Ifriqiya. Au XIe siècle (1080), avec l'installation des Almoravides, le site de la ville est déplacé un peu plus à l'Ouest : c'est "Tagrart" (station) qui devient, après Marrakech, la seconde capitale de l'empire qui englobait le Maroc actuel et une partie de l'Algérie occidentale. C'est à cette période que l'on commença à employer le mot Tilimsàn.

Au XIIe siècle, sous les Almohades, Tlemcen est un centre commercial de premier plan et la capitale du Maghreb central.
Le royaume de Tlemcen, fondé en 1282 connaît un destin hors du commun. Ce royaume est dirigé par la dynastie des Abdalwadides. À son apogée, cet État contrôle un territoire allant de l'Atlas à l'actuelle Tunisie au XVe siècle.  Des trois capitales des dynasties qui régnaient au Maghreb (Fès, Tlemcen et Tunis), Tlemcen était la cité la mieux policée. Elle attirait les savants et les artistes de toute part. Cette ville était aussi un centre d'études musulmanes. L'on comptait cinq médersas renommées. Les Tlemceniens admiraient Sidi Wahhab, qui fut le compagnon du prophète et qui, venu à la suite de Oqba avait été enterré dans la ville, Sidi Daoudi, le grand saint du Xe siècle.

En 1553, l'effondrement des 3 dynasties du Maghreb (Mérinides, Abdalwadides, Hafsides) donne naissance - vu la disparition de toute autorité centrale - en Algérie en particulier, à une multitude de villes-royaumes : royaume de Ténès, royaume d'Alger, royaume de Cherchell. Simultanément à ce démembrement, les attaques sur les villes du littoral, menées par les Espagnols, sèment la peur et la désolation chez les populations d'alors qui font appel comme l'émir d'Alger aux célèbres corsaires Aroudj et Khair-Eddine Barberousse pour assurer leur défense, le royaume de Tlemcen passe alors sous la protection ottomane. Cette transition qui s'est déroulé durant l'agonie de la dynastie des Abdalwadides ne s'est pas faite facilement. En effet, très vite apparaissent des conflits ; Aaroudj exécute l'émir d'Alger dans son bain et pourchasse ses fidèles, qu'il poursuit jusqu'à Tlemcen. Mais le Sultan de Tlemcen, allié au gouverneur espagnol d'Oran, surgit avec ses troupes, chasse Aroudj de Tlemcen et finit par le tuer.
Un troisième frère d'Aroudj, Ishaq, prit une faible part à la fondation de la Régence d'Alger ; nommé roi de Ténès avec résidence à El Kalaâ, il fut assassiné en 1518 au moment où il sortait de la capitale qu'il venait de livrer par suite d'une capitulation à l'armée espagnole commandée par Dom Martin d'Argote qui avait amené avec lui les contingents musulmans restés fidèles à Abou Hammou, Sultan de Tlemcen. Khizr, frère de Aaroudj, prit sa succession à Alger et se fit appeler « Khayr ed-Din » (« le Bien de la Religion »). Nommé Capitan-Pacha (grand amiral) de la flotte turque et Beylerbey (gouverneur) des îles, il se montra plus prudent que son frère, et dirigea depuis sa capitale ses armées.

Plus cosmopolite (Andalous et turcs) et ouverte de par son histoire qu'Alger et Oran, Tlemcen connaît comme les autres cités d'Algérie une relative paix sociale à l'époque de l'« Algérie française ».

Monographie de la ville

« La cité du Savoir, du raffinement et des bonnes manières. », Yahia Ibn Khaldoun.
« L'Algérie n'a pas, à proprement parler, de citadins, sauf à Tlemcen. », E.-F. Gautier, Les siècles obscurs du Maghreb.

Située au carrefour des routes qui menaient du Maroc à l'Algérie et de la Méditerranée au Sahara, Tlemcen eut un rôle culturel et commercial considérable. En 1248, elle forma un royaume berbère, indépendant de l'empire des Almohades et devint la capitale du royaume abdelwadide qui s'étendit au XIVe siècle à la plus grande partie de l'Algérie actuelle. Tlemcen qui, déjà au XIIe siècle était un centre religieux, devint alors un foyer de culture islamique très important et rayonnant sur tout le Maghreb, rivalisant avec Fès, Grenade, Tunis et Damas. Au XVIe siècle et pendant une courte durée, elle passa sous la souveraineté du gouverneur espagnol d'Oran puis, sous la domination d'Arudj Barberousse qui fut fait prisonnier à Tlemcen en 1518, et fut tué. Et enfin des Turcs en 1553.

Cette mystique capitale de l'Ouest oranais a longtemps été considérée comme la « Jérusalem du Maghreb » parce que les Musulmans et les Israélites y ont gardé leurs lieux saints. Djéma el Kébir, la Grande Mosquée, bâtie au XIe siècle, admirablement ornée par des artisans tlemceniens et cordouans, moderne de lignes est un pur joyau de l'architecture du Maghreb. La mosquée de Sidi Boumediene qui a été construite au XIVe siècle par un sultan de Fès, le « sultan noir », de pur style hispano-mauresque, comme à Fès ou à Grenade. Le minaret est orné de briques et de céramiques polychromes. Mais le patron de la ville a d'abord était Sidi Haloui et dont le marabout est enfoui dans les luxuriants jardins d'Agadir (ville musulmane construite sur l'emplacement de la Pomaria romaine et dont il ne reste que des vestiges près desquels se trouve Tlemcen, rien de commun avec le port marocain), où les femmes stériles vont, de nos jours encore, boire l'eau de son puits, sept mercredis de suite, après avoir déposé leur ceinture dans la Koubba de Lalla Setti.
Si la présence arabe, porteuse de la foi islamique et de la civilisation orientale aux populations berbères autochtones, ne remonte qu'au VIIIe siècle, l'origine des communautés juives en Afrique du Nord a été constaté plus de dix siècles avant Jésus-Christ, et leurs colonies étaient déjà nombreuses sous l'occupation romaine, d'abord sur le littoral puis dans l'intérieur du pays. Longtemps, les juifs n'eurent pas le droit de résider à l'intérieur des murs de la Cité. C'est seulement en 1393, grâce aux mérites du rabbin Ephraïm Enkaoua, qu'ils furent autorisés à franchir les remparts. Ils y vécurent en vase clos, dans le mellah (« ghetto ») jusqu'à l'arrivée des Français, mais ils sont toujours restés attachés à la langue arabe.

De toutes les villes de l'Ouest oranais, Tlemcen est celle qui fut la moins pénétrée par l'immigration espagnole. La limite de cet exode ibérique du milieu du XIXe siècle semble avoir été la région de El Malah (Rio salado), Sidi-Bel-Abbès et Beni-Saf.
Cependant, l'influence andalouse, à Tlemcen, remonte au XIIe siècle, lorsque la reconquête dirigée et achevée par les rois catholiques fit refluer sur l'Afrique du Nord les Moros (maures) qui sont à l'origine de ces communautés andalouses que l'on retrouve de Fès à Bizerte et qui ont gardé, avec les clés de leurs maisons abandonnées à Cordoue, Grenade ou à Malaga, leur folklore musical et poétique. Tlemcen est en permanence liée à l'Espagne musulmane par des échanges culturels, commerciaux et en lui apportant une aide militaire contre la Reconquista Chrétienne. Beaucoup de Sultans de Tlemcen furent élevés dans les cours de l'Andalousie, comme Abou Tachfin, Sultan Abdalwadide élevé à la cour nasride de Grenade. D'ailleurs Boabdil, dernier Sultan de Grenade, mourra au mois de mai 1494 près de deux années après la chute de Grenade. Il avait à peine 40 ans. Sa mère décédera une année avant à Tlemcen qui accueillit tout l'entourage de Boabdil, son épouse Meriem (la sultane Moriama) et ses sœurs appelées les « reines maures ». Dans la nouvelle « Grenade Africaine » une très forte colonie d'andalous y trouvera la paix dont de nombreux juifs fuyant l'inquisition des rois catholiques pendant la reconquista et avant, depuis également la chute de Cordoue en 1232. Avec ces exodes, c'est une partie de la mémoire andalouse qui va également émigrer dans cette ville. Elle en sera avec Fès, la ville héritière de l'Andalousie de son art de vivre, de ses legs philosophique et artistique.

Tlemcen est la capitale de la musique arabo-andalouse en Algérie. Elle est le berceau de grands artistes de ce genre musical. Deux anciennes écoles de musique arabo-andalouse existent en Algérie. Celle de Tlemcen et de Constantine. L'école d'Alger ne fut fondé que tardivement sous l'influence de l'école de Tlemcen. Tlemcen est aussi le berceau et la capitale du hawzi, un autre genre musival qui découle de la musique andalouse et qui se répandit au Maghreb surtout grâce au grand poète musicien BenMessaîb (XVIIe S).

Il y a, sur la route du Maroc, les ruines imposantes de Mansourah (la Victorieuse), cette métropole provisoire de brique rouge qu' Abou Yacoub, construisit à portée de flèche de la capitale du Maghreb central qu'il voulait conquérir et qui devint, après la prise de Tlemcen, sous le sultan marocain Abu al-Hasan ben Uthman, et pour une très courte durée, le siège du gouvernement mérinide pour le Maghreb central. À l'hiver très froid, neigeux en raison de l'altitude (plus de 800 m) mais ensoleillé succédait un printemps précoce qui faisait éclore, dès le mois de février, les fleurs de cerisiers et des pêchers. C'est ensuite la célèbre fête des cerises qui amenait à Tlemcen des dizaines de milliers de visiteurs.

Nés à Tlemcen

  • Larbi Bensari (1867-1964) Le Maître du hawzi tlemcénien
  • Eugénie Buffet (1866-1934) chanteuse française de music-hall et variétés
  • Henri Dickson (1872-1938) chanteur français
  • Messali Hadj (1898-1974) père spirituel de l'indépendance algérienne
  • Paul Bénichou (1908-2001) historien littéraire français
  • Abdelkrim Dali (1914-1978) musicien, grand maître du hawzi
  • Mohammed Dib (1920-2003) écrivain
  • Bachir Yellès (1921- ) artiste peintre
  • Charles Touati (1925-2003) grand rabbin, philosophe français
  • Choukri Mesli (1931- ) artiste peintre
  • Jean Pierre Llédo (1947- ) réalisateur algérien
  • Patrick Bruel (1959- ) acteur et chanteur français

Club de football

Widad Amel Tilimcen WA Tlemcen

 



Article ajouté le 2008-05-13 , consulté 257 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens


Imprimer cet article

Retour aux articles