Le SDF
Il vit entre désert et solitude,
Son avenir est entre les mains de l’incertitude.
Son passé loin derrière
Lui rappelle les vaines prières.
Il pense à son devenir,
Et entre ces fusions naissent les souvenirs.
Dans l’âtre de sa cabane il vit tout surgir
Sa m’amie est partie pour ne plus jamais revenir.
Elle est partie ! Elle est partie sur le partir.
Quand se présente le destin de la vie,
Il sait qu’il n’a pas à donner son avis.
Ainsi il entra dans la criée de la bourse de la vie.
Il a vu des sourires ravis,
Et aussi celles et ceux que la mort lui a ravis
Quand l’âtre s’éteignit et qu’il n’eut plus de feu,
Il appela l’espoir à son secours,
Lequel toujours présent au non de l’amour,
Au nom de la vie et de ses amours,
L’encourage à affronter le jour après son duel avec la nuit.
Aujourd’hui comme hier,
Entre printemps et hiver,
Entre lâches écueils et récifs,
Entre le commencement du jour et les esquifs,
Eclairé par son soleil intérieur ;
Il sait qu’il n’éprouvera plus de douleur.
Comme le bon alliage le cœur doit passer par le feu
Et l’espoir cotise les mille feux
Il se souvient encore du jour
Où ces feux devinrent amour.
Il avait reçu une lettre
Et crut que son amour allait renaître.
Vite il courut à la gare ;
Où dans la salle des perdus
Comme celle des pas perdus,
Le sort lui planta son dard
La porte était peinte en bleu ;
Elle protégeait quand il pleut.
En s’approchant de la maison
Vacilla sa raison.
Les persiennes étaient closes.
De « Nous deux naquit quelque chose »
La porte restant sourde à ses coups et appels ne voulut pas s’ouvrir
Et soudain il vit son avenir.
Il retira la lettre de sa poche qu’il lut encore une fois
Et sentit renaître l’amour de collégien d’autrefois.
Mais quand il vit l’état d’abandon de la demeure
Son cœur sentit une douleur.
Il eut l’impression de s’être levé au crépuscule
Et que son petit navire n’avançait plus.
Il vit aussi une force se disputant avec la nuit et le jour,
L’appartenance de l’aurore et de son crépuscule.
Pendant un moment,
Alors que le soleil brillait de tout son éclat,
Il se rappela que jadis elle était là,
Et l’ombre du passé envahit le pauvre endroit
Où avec elle il avait vécu.
Elle est partie vers cet endroit où le temps n’existe pas.
Sur le pauvre lit vide depuis longtemps
Se trouvait une autre lettre.
En l’ouvrant il lut ces mots :
« Il y’a des mots qui font vivre
« Comme il y’a des mots qui tuent.
« Il y’a des mots d’amour
« Comme il y’a des mots qui sont des maux.
Il se rappela que c’est là haut que se tissa la trame
Et que c’est sur terre que se joue le drame.
En sa compagne il avait trouvé un deuxième paradis
Qui un jour lui avait dit
« J’ai été ton jardin d’Eden, seras tu toujours mon paradis.
Fermant la porte il remit la clé à sa place
Il reprit sa marche vers l’horizon lointain,
Se retournant il regarda son passé bien en face
Et comprit que le rattraper était une course vaine.
Il se retourna alors vers l’avenir
Guidé par son soleil intérieur,
Et encouragé par la vie et ses amours,
Pied ferme et le cœur serein
Il continua sa route à la recherche d’un ange qui cherchant à être aimé,
Par lui il sera aimé.
Continuant son chemin,
Il vit le visage de la noble morte.
De l’air du temps se détacha une ombre
Et un vent glacial les joignit.
Anonyme il mourut dans l’oubli.
Sur le faîte d’un arbre solitaire comme lui,
Un oiseau se mit à chanter « les chemins de l’oubli.»
(de Mohamed Benouis)

Commentaires